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VIII. Le psychologue/psychiatre/psychothérapeute

Tout d’abord il est utile de préciser la différence entre ces trois spécialistes. Le psychologue a fait 5 ans d’études universitaires en psychologie. Le psychiatre a fait 10 ans d’études en médecine et le psychothérapeute a fait l’un ou l’autre ou bien a suivi 5 ans d’études dans une école et s’est spécialisé dans une ou plusieurs thérapies. Le psychiatre est le seul spécialiste à pouvoir délivrer des ordonnances médicales.

Une erreur commune est de penser que le psy n’intervient que dans les cas où l’intensité de l’événement a anéanti la personne et que celle-ci a besoin de conseils, d’aide, voire de thérapie. Rien n’est plus éloigné de la réalité que de penser cela !

Les missions du psy sont :

  • dispenser les informations sur les possibles réactions des personnes affectées par les incidents et situations critiques
  • développer les interventions psychologiques et situations critiques et de crise
  • parer, être attentif et répondre aux répercussions psychosociales de la gestion et de l’intervention immédiate en situation de catastrophe

Ceux sont là, les spécificités du point de vue clinique. Mais le psy joue aussi un rôle d’un point de vue organisationnel, de communication, de coordination d’évaluation des ressources humaines sur le terrain, de résolution des conflits, de prise de décision. De plus, il peut aider à trouver la cause de la douleur afin qu’elle ne se convertisse pas ultérieurement en douleur pathologique. Il peut aussi aider à orienter les étapes et stratégies d’affrontement et de reconstruction à moyen et long termes.

Prévention et psy

S’il y a un domaine dans lequel le travail du psy est fondamental c’est la prévention :

  • en aidant à développer les protocoles d’intervention psychologique pour les intervenants en catastrophe avant leur intervention
  • par le biais de formations sur les situations potentiellement stressantes
  • en travaillant les stratégies de gestion de celles-ci
  • au cours de la catastrophe et à la fin de l’intervention proprement dite, le psy apportera une plus-value lors des débriefings et diffusings, ainsi que par la mise en œuvre de techniques psycho-éducatives de gestion du stress

IX. La formation psychologique des équipes d’intervention de catastrophe

La préparation au stress pour les équipes d’intervention en situation de catastrophe fait partie intégrante de la formation générale de base que doivent acquérir les équipages d’Elisa-médicoptère avant de pouvoir être opérationnels en mission. A cette formation s’ajoute la formation technico tactique et la préparation physique des intervenants.

Ces trois domaines font partie de la préparation psychologique générale de toute équipe d’intervention, et bien qu’ils soient clairement identifiés et délimités, ils s’autoalimentent en permanence, permettant une majoration de l’efficacité et de l’efficience dans la réalisation du travail à accomplir au cours de la mission.

La préparation psychologique générale :

  • connaissances théoriques et techniques sur les aspects professionnels comme sur le développement des aptitudes psychomotrices.
  • préparation physique développement global et spécifique de l’organisme à travers l’exercice physique
  • préparation psychologique. Connaissances de base sur les lois du comportement individuel et collectif, comme les stratégies de défense en situation de travail et leur application personnelle dans la vie courante avec l’intégration des mécanismes de défense.

Pour les personnels intervenants en situation de catastrophe, une formation de base d’environ 40 heures est indispensable. Elle comprend :

  • le caractère social des urgences
  • l’attention aux autres : prise en charge des victimes, le cas du suicide…
  • l’attention à soi-même : analyse psychologique d’une intervention, le stress personnel, la fragilité psychologique, la fatigue de compassion, le burn out
  • techniques de gestion du stress

20 heures de formation supplémentaires sont nécessaires pour le groupe d’intervention spéciales incluant les spécificités propres aux projections à l’international du groupe « S » Elisa-médicoptère :

  • Psychologie transculturelle
  • Evaluation psychologique élémentaire
  • Intervention en milieux hostiles

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VI. Comment minimiser les effets des réactions liées au stress post traumatique ?

Toutes les réactions précédemment décrites sont normales. Chacun de nous doit s’autoriser à les ressentir et les exprimer. C’est en effet une chose naturelle dont nous avons besoin. Pour cela il est conseillé :

  • d’exprimer ses émotions et d’en parler.
  • laissez-vous l’être, donnez-vous en la permission.
  • chercher conseil auprès d’un professionnel afin de retrouver la paix, le calme et être plus posé.

Avec le temps ces réactions au trauma perdront de leur intensité. Peu à peu vous récupérerez et reviendrez à réaliser vos activités habituelles.

Comment minimiser les effets des réactions liées au stress post traumatique?

  • Exprimez ce que vous ressentez. Il est bon d’exprimer ses sentiments même quand ils nous paraissent étranges.
  • Il est bénéfique d’accepter le fait de se sentir mal et même très mal. Les émotions négatives doivent s’accepter comme faisant partie de la vie d’une personne de la même façon que les émotions positives.
  • Prenez soin de vous, tant pour votre corps que pour votre esprit. Essayez de bien vous alimenter, de vous reposer, de faire de l’exercice physique.
  • Essayez de vous détendre. Cherchez la compagnie et la présence de vos amis.
  • Essayez de ne pas chercher d’explication logique à ce qui s’est passé.
  • Evitez l’alcool, les tranquillisants, les drogues, car ils ne font qu’occulter temporairement les réactions.
  • Ne vous isolez pas, partagez, écoutez
  • Parlez avec d’autres personnes de ce qui c’est passé. Partagez avec vos collègues, votre famille, vos amis. Commentez-leur ce que vous avez ressenti au cours de l’intervention et après celle-ci, cela vous aidera à surpasser l’épreuve que vous avez vécue.
  • Ecoutez ce que pensent et disent vos compagnons, car l’urgence les a également affectés.
  • Restez entouré et divertissez-vous.
  • Reprenez les activités quotidiennes que vous réalisiez avant l’intervention. Continuez le travail ou les études.

VII. Quand demander de l’aide ?

Parfois les symptômes ne disparaissent pas. C’est pourquoi il est bon de savoir quand nous devons sauter le pas et demander l’aide d’un professionnel. Aucune étude scientifique n’éclaire sur la raison pour laquelle certains faits traumatisants peuvent engendrer un stress post-traumatique (SPT) chez certaines personnes et pas chez d’autres. Les gênes, les émotions, le contexte et l’ambiance familiale peuvent y jouer un rôle. Les traumatismes émotionnels du passé peuvent incrémenter, chez certaines personnes, le risque d’apparition de ces troubles après un événement traumatique.

C’est pourquoi il est important de disposer d’une structure qui nous permette de nous auto-évaluer facilement avant que ne s’installent les symptômes d’un stress post-traumatique et ses effets dans leur forme la plus sévère.

  • L’intensité des symptômes ne diminue pas après un mois ou un mois et demi (vous continuez à avoir des cauchemars, vous ne vous rappelez plus, vous êtes toujours étourdi).
  • Les réactions tendent à s’intensifier.
  • Vous détectez dans votre comportement, des changements importants qui affectent votre travail et vos relations avec votre entourage.

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IV. Que se passe-t-il alors si la menace dure longtemps ? (stress accumulatif ou chronique)

Notre corps n’est pas préparé à supporter tant d’énergie sur le long terme. C’est pourquoi plus la situation dure dans le temps, plus l’efficacité et l’énergie déployée vont diminuer. C’est alors que vont se développer les indicateurs et les signes d’alarme qui doivent nous faire prendre conscience du niveau de stress auquel nous sommes soumis.

  • L’énergie diminue et il se ressent une baisse d’attention face à la situation, nous commençons à commettre des erreurs.
  • Nos pensées deviennent plus floues et nous avons du mal à nous concentrer. La planification des priorités devient moins claire et plus difficile.
  • Nous pouvons nous sentir craintifs face à ce qui arrive et chercher à éviter la confrontation avec la réalité, refusant également de retourner sur la zone sinistrée.
  • Une certaine tendance à voir les choses de façon négative voit le jour : tout va mal, la situation est insoluble, peu importe ce que l’on fait…
  • L’avenir apparaît sombre, nous commençons à penser à tout ce qui pourrait éventuellement arriver (nouvelle réplique sismique par exemple) mais sans y faire face ou chercher les moyens d’affronter de telles situations.
  • Nous commençons à nous focaliser sur les émotions (propres et celles qui nous sont étrangères) et perdons le contrôle au point de négliger la part objective de notre travail. Un effet typique est ce que l’on nome « la fatigue de compassion » : la responsabilité émotionnelle est exprimée en développant des relations intenses avec les survivants et leurs proches, et, dans un tel processus (par exemple lors d’un secours), bien que nous soyons extrêmement fatigués, nous nous refusons à quitter le lieu où se trouvent les victimes.
  • Nous commençons déjà à ne plus ressentir nos propres besoins, nous sommes dans l’action en permanence sans prendre de temps de souffler ou de se reposer, oubliant de manger par exemple, de se reposer de façon adéquate, ou de profiter d’un instant de temps libre.
  • La personne commence à agir de façon inefficace, sans aucune planification, courant des risques insensés et superflus, se laissant porter par l’instant.

V. Que se passe-t-il si aucune attention n’est portée face aux signaux d’alarme ?

Si l’on ne prend pas en compte les détecteurs de stress, nous commencerons à noter des symptômes chaque fois plus sévères parmi lesquels :

  • Physiologiques : douleur précordiale ou sensation d’oppression dans la poitrine, tachycardies ou arythmies injustifiées, hypertension, sueurs, frissons, diminution des défenses immunitaires (favorisant l’apparition de rhume, d’asthme, d’allergies…) douleurs cervicales et dorsales, diarrhées et également ulcères.
  • Émotionnelles : irritabilité, perte d’intérêt, manque d’envie, fatigue, suspicion, frustration, anxiété, anhedonia.
  • Cognitives : idées irrationnelles, flexibilité intellectuelle excessive, culpabilisation du système ou de ses usagers, problèmes de mémoire. Flash-back de la situation vécue, rêves récurrents, confusion, problèmes de concentration, désorientation, lenteur de la réflexion, amnésie sélective.
  • Comportementales : attitude agressive, mésententes, isolement. Addiction à l’alcool, aux drogues et au tabac. Hyperactivité et impossibilité de se reposer.
  • Sociaux et professionnels : Faible satisfaction au travail, augmentation de l’absentéisme, propension à l’abandon du poste de travail, faible implication dans le travail, augmentation des conflits interpersonnels avec les collègues, la famille…
  • Syndrome de Stress Post Traumatique : affecte toutes les registres et domaines de la vie et auquel il faut prêter une attention toute particulière.

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II. Classement simplifié des différents types de stress en fonction de la prépondérance des phases d’ alarme, de résistance ou d’épuisement

  • Stress d’adaptation : C’est la réaction normale. L’organisme s’adapte pour faire face à une situation de changement et rapidement retrouve son équilibre normal.
  • Stress aigüe : c’est la réaction de l’organisme face à un impact fort, intense, qui peut également avoir des conséquences sur la vie de la personne. C’est un moment ponctuel et court qui est normalement suivi d’un temps de résistance et une phase d’épuisement.
  • Stress aigüe accumulatif : c’est celui qui se produit du fait d’une exposition à plusieurs situations ayant eu un impact de forte intensité sur la personne. Ce serait le cas d’un stress aigüe réitéré, suivi d’un processus beaucoup plus long de résistance puis de la phase d’épuisement.
  • Stress chronique : C’est le produit de l’accumulation d’exposition à différentes situations stressantes. Dans ce cas, après une phase aigüe, un processus de résistance, la phase d’épuisement devient la plus importante.

III. Les facteurs de stress dans un contexte de catastrophe

Tous les types de stress précédemment énumérés peuvent se rencontrer dans les situations de catastrophe. Les causes sont aussi variées que les personnes sont différentes, mais il est intéressant et nécessaire de connaitre les facteurs générateurs de stress dans de telles situations. Bien qu’il y en ait une multitude, nous allons lister les principaux.

Situations de stress, événements stressants

  • Evénements majeurs occasionnant de multiples morts, blessés, tels les accidents d’avion, de train, les conflits armés…
  • Mort ou blessures graves d’un compagnon (tout spécialement si nous étions en service avec lui)
  • Mort d’enfants
  • Perte d’une victime au cours d’un sauvetage long et coûteux
  • Quelque accident émotionnellement très chargé
  • Situation de transfert : Identification personnelle à une victime ou aux circonstances

Stress occupationnel

  • Pression temporelle, tout spécialement quand entre en jeux la survie d’un blessé
  • Surcharge de responsabilités, tâches multiples toutes simultanées et prioritaires
  • Demandes physiques : efforts et résistance physiques prolongés.
  • Demandes émotionnelles : maintenir les émotions sous contrôle. Prise de décision de vie ou de mort, travail effectué dans un contexte hostile ou de peur

Stress environnemental

  • Situations climatologiques extrêmes : froid, pluie, chaleur, changement de pression…
  • Environnement : fumée, produits toxiques, risque radiologique etc..
  • Contextes d’insécurité :guerre terrorisme, violence etc..

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Les équipes de secours et le stress

Cet article et les suivants s’attacheront à présenter la façon dont le stress affecte les équipes qui interviennent en situation de catastrophe. Dans un premier temps nous définirons ce qu’est le stress, ainsi que le stress spécifique des situations de catastrophe. Dans un second temps, nous listerons les moyens à notre disposition pour minimiser les effets du stress, la conduite à tenir devant les premiers symptômes quand demander de l’aide, comment prévenir de façon efficace les équipes d’intervention sur ce risque. Nous terminerons avec le contenu minimum d’une structure formative de prévention.

Les intervenants en situation de catastrophe sont exposés à des situations de stress hors normes et d’intensité sévère. Dans de telles situations ils vivent, affrontent et supportent des pertes humaines et matérielles. Ils sont exposés à diverses expressions de la douleur et doivent régulièrement supporter des sentiments d’impuissance, de souffrance et de désespoir. En définitive, ces situations sont hautement génératrices de stress (les personnels intervenants peuvent se voir exposés en une semaine à plus de situations de stress aigüe que la totalité de ce que vit la moyenne de la population au cours de son existence). C’est pour cela que les équipes d’intervention requièrent au niveau psychologique une attention et un soin particulier. L’être humain présente une haute vulnérabilité aux facteurs de stress et à leurs conséquences.

Les équipes exposée aux blessures physiques et psychiques durant l’accomplissement de leurs activités et cela peut interférer non seulement sur les capacités à agir au cours des interventions (l’intervenant peut alors perdre pied dans son travail et interférer sur celui de ses collègues), mais également dans la vie quotidienne, l’environnement social et familial et les situations totalement étrangères à la cause elle-même.

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Médicoptère-assistance

  Médicoptère-assistance est la division assistance médicale d’Elisa-médicoptère. Elle comprend 15 membres qui effectuent des assistances médicales sur des manifestations privées ou publiques. Cette division médicale opère en coordination avec le SAMU ou renforce les associations de secourisme agréées.

  Les équipes de Médicoptère-assistance peuvent mettre en place très rapidement un poste médical avancé organisé autour d’un centre de tri, d’un centre de soins ou d’un centre de traitement des urgences lourdes. Un centre de commandement et de coordination (C3) complète le dispositif de terrain. Le C3 agit comme une régulation de type SAMU.

  Les équipes disposent de plusieurs véhicules leur permettant d’intervenir très vite sur toutes les zones concernées par la manifestation. Les interventions sont prioritairement effectuées en direction des concurrents d’une épreuve sportive, le public étant pris en charge par les secouristes des associations agréées. D’ailleurs, Médicoptère-assistance peux disposer de moyens aériens fournis par Médicoptère-airstrike, ou encore d’une équipe médicale à cheval.

  Si vous êtes organisateur et intéressé par la mise à disposition d’une équipe de Médicoptère-assistance, vous pouvez nous contacter via le formulaire de contact.

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